Kabullywood

Le 23 septembre, Espace Brémontier à Arès

Un film de Louis Meunier. Avec Roya Heyradi, Omid Rawendah. 1 h 24 (France-Afghanistan, 2019) - Comédie dramatique VOST

Rencontre avec Agnès Devictor (Université Paris 1)

Un contexte historique. Afghanistan rime aujourd’hui avec rigorisme religieux, taliban, burqa, violence… Dans les années 1970, le pays se trouvait dans une ébullition culturelle faite de concerts, de défilés de mode, de projections de films! « Kabullywood » fait écho à l’incroyable histoire du cinéma Aryub, autrefois le plus grand et le plus luxueux cinéma d’Afghanistan. Fermé depuis les années1990, il a miraculeusement échappé aux destructions de la guerre civile. La salle a été rénovée à l’occasion du tournage et Naser Nahimi, son projectionniste -  interprète son propre rôle dans le film. 

Héritage culturel. Parti au départ pour six mois, un contrat humanitaire en poche, Louis Meunier est resté dix ans en Afghanistan. Avec « Kabullywood » le réalisateur  a voulu montrer un visage méconnu du pays en rendant hommage à la richesse de l’héritage culturel du pays : la musique, la peinture, la poésie et surtout le cinéma, à travers une intrigue pleine d’action et d’énergie qui s’inspire de l’essence de « Kabullywood », le cinéma populaire des années 1970-1980.

Aryub ressuscité. Le décor principal du film est une salle de cinéma à l’abandon qui était autrefois un grand pôle culturel, une version afghane de « Cinéma Paradiso » (projeté ici même en septembre 2019), avec ses projecteurs au charbon, ses fauteuils en velours… Le tournage fut mouvementé. Menacée par les talibans, l’équipe a même été  victime d’un attentat faisant plusieurs blessés. Quand la réalité rejoint la fiction… 


Le réalisateur Louis Meunier se souvient

Le film. A Kabul, en Afghanistan, quatre étudiants assoiffés de vie décident d’accomplir un projet audacieux ; rénover un cinéma abandonné qui a miraculeusement survécu à trente années de guerre. Comme un acte de résistance contre le fondamentalisme des talibans, ils vont aller au bout de leur rêve pour la liberté, la culture, le cinéma…


Pratique

19 h 15 : Ouverture des portes

19 h 35 : Introduction à la saison 2022-2023

19 h 40 : Présentation du film « Kabullywood » par Agnès Devictor, maître de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, spécialiste du cinéma iranien et afghan

 19 h 50 : Intervention vidéo du réalisateur Louis Meunier (témoignage exclusif)

20 h : Projection de « Kabullywood »

22 h: Rencontre avec Agnès Devictor


"Kabulllywood" met à l’honneur la culture afghane et l’espoir de la jeunesse d’un pays qui attend toujours de meilleurs lendemains
"Kabulllywood" met à l’honneur la culture afghane et l’espoir de la jeunesse d’un pays qui attend toujours de meilleurs lendemains


Cinéma afghan sous haute tension

Témoignage. C’est un cinéma brillant mais méconnu,  longtemps réduit au silence au fil de décennies de violence. L’Afghanistan vit pourtant son cinéma, même si Kabul aujourd’hui est privé de ses salles (1) et de ses forces créatrices sous l’emprise intolérante des talibans au pouvoir. Même si  la télévision et le DVD (ou Internet)  se sont substitués au grand écran pour donner de la vie et du sens à l’image et au son…

Invitée par le Ciné-club du Bassin, lors de la projection du film franco-afghan « Kabullywood », Agnès Devictor a repris l’histoire du cinéma afghan pour démontrer  la résilience d’un art sous haute tension  permanente.

Une arrivée tardive. L’historienne du cinéma oriental (Iran, Afghanistan), enseignante chercheuse à l’université Paris 1, a rappelé l’entrée tardive du cinéma en Afghanistan, introduit sous le règne d’Amir Amanullah (1919- 1929) et ouvert au public dans les années 20, avant une première interdiction  (déjà !) entre 1919 et 1933, par l’intransigeance doctrinaire du religieux et d’un nouveau potentat au pouvoir  (l’ancien général Nadir Khan).

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la production cinématographique prit un court élan sous l’impulsion du Théâtre de Kaboul, activité cependant freinée par un manque de moyens et de soutien public. 

Le cinéma moderne s’est ensuite développé à partir des années 60 et jusqu'à aujourd'hui, notamment avec des créations - souvent contrariées - tel  l’Organisme afghan du cinéma ou des  sociétés de production indépendantes.


Agnès Devictor remonte le cours tumultueux de l'histoire du cinéma afghan. Photo Jean-Louis  Burési
Agnès Devictor remonte le cours tumultueux de l'histoire du cinéma afghan. Photo Jean-Louis Burési

Les archives sauvegardées. Un cinéma - sous influence  de l'Inde et du "genre Bollywood" -  s’est alors développé, beaucoup de techniciens et cinéastes s’étant formés en Inde ou en URSS. De l’intervention soviétique (1979-1989) à l’arrivée des  talibans au pouvoir (1996), le cinéma afghan a survécu au gré de la guerre, des luttes intestines et des exactions de talibans qui s’attaquèrent d'abord aux salles de cinéma (1) et aux films, "criminalisant" le cinéma en brûlant les bobines sur la place des supplices. Cependant, grâce aux interventions  héroïques de professionnels afghans, de nombreuses archives du cinéma ont été soustraites aux destructions.

« Kabullywood » de Louis Meunier, par sa charge symbolique, sa valeur documentaire est porteur de cet esprit de résistance et de ce désir d’espoir de la part d’une jeunesse afghane privée de son cinéma. Ce film entre dans la succession de cette longue et douloureuse lignée. L' élan est aujourd’hui entretenu par des nouveaux réalisateurs. La « lanterne magique » du début du XXe siècle n’est pas près de s’éteindre… 

(1)   (1) En septembre 2002, il ne subsistait que sept cinémas, et peu d’entrées. Le cinéma Aryub, autrefois la plus grande salle du pays, est toujours fermé.