Quatre bonnes raisons de découvrir "Le Mécano de la General"

Le (vrai) cinéma est de retour, vendredi 11 juin, Espace Brémontier à Arès avec la projection du chef d'oeuvre muet de Buster Keaton, "Le Mécano de la General"

1. Plus qu'un burlesque

Joseph, Françis Keaton  dit « Buster » est un enfant de la balle.  Il voit le jour durant une représentation, le 4 octobre 1895. Ses parents Joseph et Myra Keaton sont acteurs dans des spectacles ambulants aux côtés du célèbre prestidigitateur Houdini. A l’âge de 21 ans, il rencontre  Roscoe  « Fatty » Arbuckle, comique et réalisateur accompli, qui remarque le potentiel du jeune Buster. Leur complémentarité comique  appelle le succès dès leur premier film (« Butcher Boy »). Devenu le rival de Chaplin,  Keaton connait les années fastes à partir de 1920. Une vingtaine de films plus tard, toute l’étendue  de « l’univers » keatonien crève l’écran : non seulement metteur en scène, Buster Keaton joue aussi bien de l’espace que de son visage - apparemment impassible -   et de la plasticité de son physique cultivé dès son plus jeune âge. Le cadre cinématographique est indissociable de la poétique burlesque, constellée de gags. Une alchimie réussie.

2. Une réalité historique

En dépit ou à cause de son caractère de comédie burlesque, « Le Mécano de la General » repose sur son authenticité.  En effet, le film retrace un épisode de la Guerre de Sécession (Guerre civile pour les Américains) et connu sous le nom de « raid Andrews ». En avril 1862,  une vingtaine de militaires de  l’Union, en civil, s’infiltrent dans les lignés confédérées et s’emparent d’une locomotive « La General », à Marietta (Géorgie). Ils la ramènent vers le Nord, détruisant les voies, brûlant les ponts. Leur épopée est interrompue par les Sudistes. Arrêtés, neuf d’entre eux seront exécutés, les autres emprisonnés.

 Pour adapter le film, inspiré du livre « The Great Locomotive Chase », écrit en 1863 par l’un des rescapés du « commando », Keaton prend l’opposé du parti-pris nordiste et choisit d’incarner le  héros, poursuivant sudiste et solitaire, ménageant ainsi la sensibilité des spectateurs américains.

3. Les grands moyens

Pour plus de réalisme, Buster Keaton aurait voulu donner le premier rôle à la véritable locomotive « General ». Mais les ayant-droits du « raid Andrews » s’y opposent arguant le fait que le projet de film relève d’une comédie. Le metteur en scène déniche alors en Oregon deux locomotives utilisées lors de la Guerre de Sécession. Une troisième deviendra la « Texas ».

Le film est tourné majoritairement en décors réels, imposant des contraintes, parfois coûteuses, au réalisateur. Ainsi, ne trouvant pas de pont utilisable pour la fameuse chute de la « Texas », Keaton fait construire, brûler à plusieurs reprises celui du film, au-dessus d’une rivière dont le niveau est rehaussé par l’installation d’un barrage.

 

Filmé au moyen de six caméras,  le crash de la « Texas » est considéré comme la prise de vue unique la plus chère de l’histoire du cinéma muet. Le « Mécano »  coûtera au final 750 000 dollars.

4. Film culte, sur le tard

Accueilli  tièdement à New-York, jugé trop long, le moins drôle de Keaton, le film trouve rapidement la voie de garage, au grand dam de son réalisateur. Ce demi-échec public, assorti d’un revers financier (il ne rapporte aux USA que 475 0000 dollars) met un frein aux ambitions de Buster Keaton qui  aborde ensuite des sujets plus simples. A la fin des années cinquante, « Le Mécano de la General » trouve une reconnaissance bien tardive, tant aux Etats-Unis qu’à l’étranger. Le film devient même ce film culte, si représentatif de l’œuvre et du génie de Buster Keaton.


Ciné-concert en première partie

Deux films du temps du muet seront projetés vendredi 11 juin à partir de 19 heures. Il s'agit des films "Le Chapeau" de Max Linder (1913- durée 4'14 min.) et "La Maison démontable" (1920- durée 20 min.) de Buster Keaton. La projection de ces deux oeuvres sera accompagnée au piano par Frédéric Renaud, professeur de musique à  Arès.

La projection du "Mécano de la General" sera prolongée par un débat avec la participation de Mireille Martin, présidente du festival  de cinéma V.O. à Gujan-Mestras.