"Capitaine Conan": le chemin des drames

Hommage à Bertrand Tavernier avec la projection de "Capitaine Conan", vendredi 26 novembre, 19 h 30.

Second film de Bertrand Tavernier sur la Première Guerre mondiale, après "Une Vie et rien d'autre", "Capitaine Conan"  est une adaptation du roman éponyme de Roger Vercel, prix Goncourt en 1934, que le réalisateur français avait découvert lors d'un voyage en train entre Saint-Raphaël et Lyon...

Avec son complice en écriture Jean Cosmos, Tavernier reprend le chemin des tranchées en abordant une nouvelle fois la guerre après 1918 et l'Armistice. Le film - comme le roman autobiographique de Vercel -  mène sur le Front d'Orient en Roumanie où se poursuivent les hostilités opposant les alliés de la veille, ennemis du lendemain. Conflit méconnu, dédaigné par Clémenceau qui parlait des soldats français engagés comme "les jardiniers de Salonique"...

Commando

 

Les Balkans. Septembre 1918. Alors que l'Armistice est signé en France, seule l'armée d'Orient n'est pas démobilisée et reste en état de guerre. Casernés à Bucarest, les soldats sèment le désordre, pillent et tuent. Le lieutenant Norbert (Samuel Le Bihan) commande un détachement. Il a la délicate mission  de faire condamner les coupables, les hommes du capitaine Conan (Philippe Torreton), lequel défend ses hommes coûte que coûte, malgré les crimes qu'ils ont commis. Malgré la fureur du capitaine, son ami, le lieutenant Norbert fera son devoir.

 

Sans manichéisme

"Capitaine Conan" réussit autant sur le front qu'en retrait, avec ses impressionnantes scènes de bataille  dans les tranchées des Balkans et ses nombreux plans-séquences témoignant d'une grande ambition et sa capacité à proposer une écriture soignée et approfondie des personnages, essentielle à un tel film.

Tavernier évite tout manichéisme, montrant que tout est plus compliqué que ce que l'on imagine et que ce n'est pas une question de guerre, mais bien de comportements humains et de société.

"En réalité, peut on lire dans  certaines critiques publiées au moment de la sortie du film (1), la Première Guerre mondiale n'offre ici qu'un cadre et un contexte pour illustrer une situation générale, applicable à notre époque même montrant la rupture dans la communication et l'échange entre les institutions et la population, les souffrances de cette dernière qui lutte au quotidien pendant que les premières se sont trop détachées de la population pour avoir pleinement conscience de ses problèmes". "En résulte une forme de rébellion, des manifestations violentes de la part d'hommes désorientés, qui se sentent abandonnés. Tout est exposé avec une certaine ambiguïté, laissant le spectateur face à ses propres interrogations et permettant de susciter chez lui de l'empathie pour toutes les parties présentées."

A fleur de peau

Phillipe Torreton (capitaine Conan) livre une prestation intense, prenant beaucoup d'ampleur dans ce rôle à fleur de peau. Samuel Le Bihan (lieutenant Norbert)  est remarquable dans le rôle d'ami.  Claude Rich, François Berléand incarnent des gradés obtus, déconnectés de "la vraie vie", insensibles à la souffrance de la piétaille qui connait l'enfer dans un conflit qui les dépasse.

Les dialogues, signés Jean Cosmos,  apportent toute leur saveur au film. On y parle argot troupier. C'est pittoresque, imagé, parfois drôle. 

(1) SensCritique