Drame de Jawad Rhalib (2024, France, Belgique). 1 h 51 (en vf)
Avec Lubna Azabal, Fabrizio Rongione, Catherine Salée
Amal (« Espoir » en arabe), enseignante dans un lycée à Bruxelles, encourage ses élèves à s’exprimer librement. Avec ses méthodes pédagogiques audacieuses et son enthousiasme, elle va bouleverser leur vie. Jusqu’à en choquer certains. Amal devient la cible d’une campagne calomnieuse à la suite d’un cours controversé. Peu à peu l’enseignante va se sentir harcelée, menacée...
« Amal » explore l’intrusion de la mouvance salafiste dans les établissements scolaires ici en Belgique où l’enseignement confessionnel est intégré dans les programmes.
Journalistique. Réalisateur engagé, documentariste reconnu, Jawad Rhalib, cinéaste belge d’origine marocaine, a été bouleversé par l’assassinat de l’enseignant français Samuel Paty. Il propose un film réaliste, à l’exemple du cinéma des frères Dardenne, tourné dans une certaine urgence et une fébrilité palpable. « Amal » est soutenu par une caméra mobile, fouillant sans fards les visages ou le secret des esprits, avec un montage nerveux, Le film au style journalisme documentaire réussi, s’inscrit dans la lignée de l’inoubliable « Entre les murs » du regretté Laurent Cantet.
Jawad Rahlib. En liaison directe depuis Bruxelles, le réalisateur présente son oeuvre dans sa dimension cinématographique proche du documentaire. Sur place, à l'Espace Brémontier, Ludovic Armoët, commandant de police honoraire, spécialiste de la prévention de la radicalisation , délégué du préfet de Gironde chargé de la politique de la ville des quartiers prioritaires jusqu'en 2017, s'attachera à expliquer la mécanique qui, insidieusement, conduit au pire.
Gangrène. Amal, interprété par une formidable Luban Azabal (déjà appréciée au Ciné-club du Bassin en 2024 dans Incendies » de L. Villeneuve), séduit, trouble, bouleverse à travers cette enseignante volontaire et anti-conformiste, en butte à l’incompréhension ou l’indifférence de ses pairs et des élèves, l’hostilité sournoise et insidieuse d’un professeur de religion et le fanatisme religieux qui gangrène cette communauté enseignante. Par son caractère incandescent, "Amal" ne peut laisser indifférent Ce thriller politico-social poignant rappelle justement le sort tragique du professeur Samuel Paty, assassinés à Conflans-Sainte-Honorine en 2020 et celui de l'enseignant Dominique Bernard à Arras en 2023, tous deux tombés sous les coups de fanatiques.


Sous haute tension. Un film prenant, tendu, âpre et violent, comme peut -être est parfois la vie. "Amal, un esprit libre" est un magnifique film de fiction basé sur le réel, dit Jawad Rahlib. Ce dernier a travaillé sur le scénario durant deux années, entouré et conseillé par des enseignants et professionnels, nourri par des rencontres et témoignages recueillis dans le monde de l'éducation en Belgique. Une plongée en apnée qui décrit un combat désespéré d'un professeur de (belles) lettres pour la liberté de penser et l'émancipation des coeurs face aux ténèbres de l'obscurantisme.
Ecrit avant les épisodes tragiques des assassinats des enseignants français Samuel Paty et Dominique Bernard, "Amal" a fait oeuvre de prémonition, estime encore Jawad Rahlib. Le film, méconnu en France, est resté à l'affiche durant trente-six semaines à Bruxelles. Il a trouvé son audience et favorisé des rencontres avec un public, notamment jeune, issu de l'immigration. 7 000 élèves bruxellois ont vu "Amal" et "il n'y a jamais eu d'incident" reconnaît le réalisateur qui peu avant estimait avoir été dans l'impératif de "ne pas se louper" en abordant le sujet sensible sur les dangers de la radicalisation dans la sphère laique qui promeut la liberté religieuse.
Ce plaidoyer brûlant et engagé, sous forme de mise en garde, ouvre les esprits, éclaire une voie - certes abrupte - vers l'empathie et affirme avec conviction la suprématie du vivre ensemble et de la culture citoyenne sur toutes les formes de l'intolérance. Ici ou ailleurs.

